Mon téléphone a vibré doucement sur la table de la cuisine.


Une notification venait d’apparaître sur les réseaux sociaux.

Tamara, ma belle-mère, venait de publier une nouvelle photo.

La légende était légère, presque insouciante :
« La Turquie, le soleil et la mer… enfin un peu de repos. »

Sur la photo, elle posait avec un large sourire, un chapeau de paille sur la tête, un cocktail coloré à la main. Derrière elle, l’horizon bleu infini de la mer. J’ai souri, machinalement.

Puis j’ai agrandi l’image.

À l’arrière-plan, près de l’eau, se tenaient deux silhouettes. Légèrement floues, mais bien trop familières pour que je puisse me tromper.

Mon mari, Daniel, censé être en déplacement professionnel urgent, entourait la taille de ma sœur cadette, Irène.

Irène riait, la tête renversée en arrière, cachée derrière ses lunettes de soleil.
La main de Daniel reposait sur sa cuisse. Sûre. Possessive.
Comme si cette place lui avait toujours appartenu.

Le monde ne s’est pas effondré.
Mon cœur n’a pas explosé.
Je n’ai ni crié, ni pleuré.

Je suis simplement restée là, à fixer l’écran, tandis que dans mon esprit, avec une clarté glaciale, les pièces d’un puzzle longtemps ignoré s’assemblaient enfin.

Ses appels tardifs soi-disant professionnels.
L’homme mystérieux d’Irène, dont elle ne parlait jamais.
La nervosité de Daniel chaque fois que je touchais son téléphone.
Et ce silence lourd, presque électrique, entre eux lors des repas de famille.

Sa phrase récurrente :
— Anasta, tu réfléchis trop.

Et les mots d’Irène, après l’un de mes examens médicaux :
— Peut-être que toutes les femmes ne sont pas destinées à devenir mères…

J’ai fait une capture d’écran.
Calmement. Sans trembler.

J’ai recadré la photo pour faire disparaître complètement le visage souriant de ma belle-mère.
Il ne restait que l’essentiel.

Je l’ai envoyée à Irène.
Sans message. Sans émoticône.

Puis j’ai appelé mon mari.

Il n’a pas répondu immédiatement. En arrière-plan, on entendait le bruit des vagues et une musique douce.

— Oui, Anasta, je suis en réunion, ce n’est pas le moment, dit-il d’un ton détendu.

— Je voulais juste savoir comment est le temps pendant ton voyage d’affaires, répondis-je calmement.
— Le soleil ne gêne pas ton travail ?

Un silence s’est installé.

— Tout va bien. Je te rappelle plus tard, lança-t-il brusquement.

— Bien sûr, ai-je souri. — Quand ta “mission” sera terminée.

J’ai raccroché.

À cet instant précis, mon téléphone a vibré de nouveau.

C’était Tamara qui appelait.

Sans doute avait-elle déjà vu mon commentaire sous sa publication :

« Magnifique photo. Mes salutations à Daniel et à Irène également. Ils sont très réussis. »

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